Épistémologie et pratique de classe

lundi 20 août 2007
par  Olivier
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ENEP 2007/ Didactique des sciences/ORT

Épistémologie et pratique de classe


Il apparaît que volontairement ou non, les enseignants
conçoivent leurs activités selon des tendances qui
s’inscrivent dans l’un ou l’autre des courants épistémologiques
suivants : le rationalisme, l’empirisme, le positivisme, le
constructivisme et le réalisme. Le travail d’enquête
détaillé dans les prochaines parties dégagera
des tendances de conception des sciences qui pourront se rapporter
aux épistémès étudiées.

Les courants épistémologiques sont présentés
selon l’ordre chronologique de leur constitution.

Le rationalisme pose comme source essentielle de la
connaissance […] la raison
 [1].
L’expérimentation, dans cette conception, est exclue du champ
de production de savoir. Son usage sert à vérifier ce
qui a été conçu par le raisonnement.

Une pratique de classe se centrant avec
insistance sur le raisonnement plutôt que l’expérimentation
relève du rationalisme.


Le courant empiriste s’oppose au rationalisme dans son
exigence vis-à-vis de l’expérimentation. Cette
conception postule le fait que toute connaissance est essentiellement
le fruit de l’expérience. La déduction se limiterait à
la production d’hypothèses ou de nouvelles idées
d’expérience.

Une
pratique de classe privilégiant l’expérimentation sur
le raisonnement afin de "révéler" le savoir
relève de l’empirisme.


Auguste Comte, figure emblématique positivisme, donne
corps à cette conception par le mariage de l’expérience
et du raisonnement. L’influence de l’idéologie
positivo-scientiste est majeure dans la construction de l’école
républicaine de Ferry. La leçon de chose en est une
illustration pédagogique. A l’époque où l’école
primaire n’est pas l’antichambre du secondaire, il faut façonner
le citoyen dans la croyance d’une science élevant vers le haut
la civilisation. Force est de constater que cette vision a été
démontée par la boucherie de 14-18, par la
technicisation du génocide des juifs de 39-45, par la guerre
froide larvée autour de l’arme atomique.

Un enseignant d’obédience positiviste
reconnaît la complémentarité entre l’expérience
ou l’observation dans le cadre de la leçon de chose, et le
raisonnement dans l’apprentissage de l’élève.


Le constructivisme, par la portée des travaux de
Piaget, est un courant de pensée scientifique qui s’est
intéressé aux mathématiques, avant d’être
étendu à d’autre champ disciplinaire tel que
psychologie génétique. Sur un plan scientifique, le
constructivisme insiste sur le caractère hautement
construit des connaissances […] scientifiques en particulier,
il remet en question la possibilité de toujours obtenir
des relations objectives sur lesquelles baser les sciences
 [2].
Le statut des savoirs n’est donc pas le même que pour les
autres courants de pensée vu précédemment. Un
fait est donc toujours le produit de la composition, entre une part
fournie par les objets, et une autre construite par le sujet
 [3].

Un enseignement scientifique constructiviste
rend les enfants acteurs de leur apprentissage. Il pointe
généralement le côté évolutif des
théories.


Le réalisme se veut être une sorte de synthèse
des courants épistémologiques précédents.
Les modèles scientifiques constituent des successions
d’approximations de la réalité indépendante des
modèles. C’est un courant contemporain de pensée
répandu dans la communauté scientifique actuelle. Dans
la sphère scolaire, un enseignant empreint de réalisme
ne privilégie ni l’induction, ni la déduction, mais au
contraire, il en montre la complémentarité.
L’importance de l’expérimentation renforce de même sa
relation avec le raisonnement.


Le réalisme, courant moderne de conception des sciences,
s’est-il installé à l’école républicaine ?
A-t-il remplacé le positivisme "républicain",
hérité du 19ème siècle ?

Dans son ouvrage sur l’influence du positivisme à l’école
primaire, Pierre KAHN, évoque le "fantôme du
positivisme&quot [4] ;qui actuellement fait encore idéaliser le lien entre
éducation scientifique et formation du citoyen. L’école
a enterré le positivisme certes, mais ne pouvons-nous pas
décrypter cette idéologie latente dans ces lignes
issues des IO de 2002 [5]
 : Au sujet des enfants "L’enseignement des sciences et
de la technologie à l’école […] prépare
ces derniers à s’orienter plus librement dans des
sociétés où les objets techniques jouent un rôle
majeur et à reconnaître les bienfaits que nous devons à
la science
". Faut-il lutter contre l’idée d’éduquer
par les sciences ? La question mérite d’être posée.




[1RAYNAL Françoise, RIEUNIER Alain, Pédagogie : dictionnaire des concepts clés, Paris, ESF, 1997, p316

[2RIOPEL Martin, Epistémologie et enseignement des sciences. (En ligne). http://classiques.uqac.ca/contemporains/riopel_martin/epistemologie_ens_sciences/Epistemologie_enseign_sc.doc

[3PIAGET Jean, GARCIA Rolando, Psychogenèse et histoire des sciences, Paris, Flammarion. 1983.p.30. Cité par ASTOLFI Jean-Pierre et al, Mots clés de la didactique des sciences, Paris, De Boeck, p.82 ,1998.2éme tirage

[4KAHN Pierre,De l’enseignement des sciences à l’école primaire : L’influence du positivisme, Paris, Hatier, Hatier Formation, Le temps des savoirs, p 135, 1999.

[5B.O. N°1 du 14 février 2002 hors-série p 86


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